jeudi 1 novembre 2012

J'ai lu "Les blancs chemins" de Guy Féquant


Guy Féquant
Les blancs chemins

A pied jusqu’à Vézelay, à travers Champagne et Bourgogne
Photographies de Jean-Marie Lecomte
Éditions Noires Terres 2012

Dans Les blancs chemins, Guy Féquant écrit son périple de quatre cents kilomètres, à pied, entre la falaise crayeuse d’un village des Ardennes, jusqu’à la « colline sacrée » de Vézelay. Une balade « juste pour respirer le monde » un élan, « une mystique au ras des talus et une rencontre avec mes frères humains. »

Le (faux) départ. Château-Porcien. Un chemin de halage. Mais « rectilignes et ombragés ils n’ont que l’inconvénient de générer un certain ennui. » La perspective aspire. Les bruits de la campagne surprennent. Par exemple les clochent qui sonnent. Et qui répètent. Là, un bac à fleurs en ciment avec une inscription intime. Le marcheur a toujours les sens en éveil. « Marcher incite certes à une philosophie de la distanciation et de la sérénité, mais rien n’est plus faux que de croire qu’on progresse dans une bulle éthérée. » Le marcheur passe à Orainville, sur les pas de Jünger et de ses Orages d’acier. Moment d’Histoire. Puis une blessure le renvoie à son point de départ.

Un an plus tard, le deuxième et vrai départ. Guy Féquant est alors tout « jeune retraité » (oxymore ?) La pérégrination débute par quelques souvenirs. « Un de mes plus beaux voyages d’enfance ne dépassa pas les cinq cents mètres aller-retour. » Mais aujourd’hui ? Pour se motiver il cite ce mot de Paul Morand : « Il faut aimer l’avenir, parce qu’on y passera le reste de sa vie. » Alors : en route. A travers les vignobles champenois, à l’orée des forêts, de moulins en églises. Partir. Marcher. Ici (Épernay) on croise Montaigne. Là des motards wallons avec qui on discute de Spinoza… dans une fraternité toute lotharingienne. Vitry-le-François, Brienne-le-Chateau, le « Versailles de l’Aube », et sa statue de Bonaparte écolier. A Langres on croise Jehan, sire de Joinville et Denis Diderot. « Quatre siècles en soixante kilomètres. » Le voyage est souvent bucolique et apaisé. « Je franchis le pont à la sortie de Dienville et là, à nouveau, je m’émerveille. Rien ne coupe le souffle, rien n’écrase le site, mais tout est beau. » Mais parfois la route passe au-dessus de l’autoroute, et là des quads assourdissent et asphyxient le marcheur. A partir de Tonnerre – où est né le chevalier d’Éon – c’est la « sainte montagne ». Enfin, Vézelay, « sous un soleil de juin bien matineux » et, après un dernier détour dans les bois « elle apparaît au sud. Elle : la Noble Dame vers qui je monte, la basilique de Vézelay. Encore lointaine, certes, mais présente, paisible, irradiante. »

Guy est un voyageur qui aime la solitude « ferment de toute liberté intérieure », qui pense que « peu importe le but qu’on assigne : l’essentiel est que chaque pas rapproche de l’horizon qui sidère, de la transfiguration. » Il a sa conception du voyage : « Voyager, marcher, être en baguenaude, c’est moissonner maints détails et c’est élargir le champ. Ce qui évase ne s’envase pas. Il faut toujours zoomer. Sur les remparts de Langres, par matin clair, observer les lézards. Et puis chercher le Mont-Blanc. » Les blancs chemins : un livre très agréable à lire, à la langue recherchée, au style travaillé. Un récit de voyage au long cours très bien documenté, avec la petite et la grande histoire, et qui sait nous monter les belles choses à voir ou à entendre ou à lire. Beaucoup de réflexions sur le voyage et sur un certain style de vie, placide, libertaire, buissonnier. Buissonnier comme ce récit, loin des contraintes, des difficultés, de la sueur, des exploits que l’on peut lire parfois. Les photographies de Jean-Marie Lecomte apportent une touche – souvent géométrique – et, dans ce livre, se marient très bien avec le texte. Vraiment une très agréable promenade géographique et littéraire.

Les premières lignes : « Berméricourt, 3 août 2009. Fadeur sucrée de ce matin d’août. C’est celle, que je connais depuis l’enfance, de l’après-moisson et des éteules qui pourrissent. L’été entre dans son âge mûr, mêlé d’ardeurs brûlantes et d’indices de déclin. Époque aussi de l’aoûtement, mot qui évoque je ne sais quelle alchimie silencieuse et saisonnière, alors qu’il ne s’agit que de la lignification des jeunes pousses que les arbres et les arbustes ont produite depuis le printemps. Déjà les jours raccourcissent et l’on sent s’instiller en nous la mélancolie inavouée des années qui passent, du lancinant néant des choses… Le monde chatoie et sonne creux. Ce n’est pas une contradiction ; c’est une énigme. Une aporie, disaient les Grecs, c’est-à-dire une absence d’issue, une dérobade du chemin. »

L’auteur. Guy Féquant a enseigné l’histoire et la géographie dans les Ardennes et à la Réunion. Il est l’auteur de plusieurs récits (éditions La Manufacture). Passionné de littérature et d’ornithologie, il souhaiterait que le « nature writing » trouve en France le même succès qu’outre Atlantique. Les Ardennes comme Montana de la France ? Chiche…

Citations(s)
« Voyager, marcher, être en baguenaude, c’est moissonner maints détails et c’est élargir le champ. Ce qui évase ne s’envase pas. Il faut toujours zoomer. Sur les remparts de Langres, par matin clair, observer les lézards. Et puis chercher le Mont-Blanc. »

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