dimanche 22 septembre 2013

J'ai lu "En mer" de Toine Heijmans



Toine Heijmans
En mer
Traduit du néerlandais par Danielle Losman
Christian Bourgois éditeur, 2013
Prix : 15€

Donald est un homme ordinaire, qui mène une existence (trop) ordinaire, et qui a déjà subi pas mal de défaites et d’humiliations. Il a passé une partie de sa vie à « faire des choses dont je sais qu’il vaudrait mieux ne pas les faire. Mais je les fais quand même » entouré de personnes – les collègues et d’autres – pour qui « l’intrépidité ne leur est plus indispensable. Ils se passent aisément d’aventure. » Un jour il se dit que « le moment d’être ambitieux m’a semblé révolu » et se demande par quoi remplacer « le bureau, les deals, les entretiens d’évaluation, ces inutiles ingrédients de la vie ». Hagar, sa femme, lui susurre que « c’est agréablement calme, tu sais, quand tu n’es pas là » ou « je voudrais tellement que tu sois un adulte. Un homme qui prend des décisions. » Alors un congé sabbatique, un voilier et quelques mois de navigation en solitaire s’imposent. Suivis de quelques jours en mer avec Maria, sa fille. Histoire de lui proposer une belle aventure, de « faire en sorte que ça veille la peine » et de montrer à Hagar « qu’elle s’est inquiétée pour rien. »

En mer est un roman qui raconte comment un homme se mesure aux éléments pour se confronter avec lui-même. Donald est-il capable de traverser la mer du Nord, du Danemark jusqu’en Hollande sur son voilier « vieux mais robuste » ? Est-il capable d’emmener sans risque Maria, sa fille de sept ans, dans cette aventure ? Rien de mieux que cette courte traversée pour le démontrer. Et rien de mieux qu’une bonne tempête pour savoir jusqu’où l’on peut aller. « J’allais montrer à Maria ce que savais faire, la rendre fière de moi. » Pourtant, dès le début du roman, en pleine mer, sur le petit voilier rouge, c’est le drame : « Maria a disparu, et son ours polaire aussi. » Faut-il appeler les secours ? Subir une nouvelle humiliation ? Comment Donald va-t-il se sortir de cette situation ? Qu’est-il arrivé à Maria ? Comment une enfant peut-elle disparaître d’un voilier sans que l’on pense au pire ? Est-ce qu’on peut être plus fort que la mer ?

« Les gens normaux évitent l’aventure – ils ont raison. Quand tu escalades une montagne, ton sort est entre les mains de la montagne. Qu’est-ce que ça peut lui faire, à la montagne, si tu tombes ? Mon sort est entre les mains de la mer. Qu’est-ce que ça peut lui faire, à la mer, si j’échoue ? Jusqu’à présent, je voyais dans la mer une compagne, une amie pour faire route ensemble. (…) Mais la mer ne peut pas être une amie. L’eau n’a ni sentiment ni histoire. Elle ne fait rien, elle est, c’est tout. Si elle t’assassine, si elle te noie, il n’y a là rien à chercher que ta propre stupidité. La mer n’est ni une amie ni une ennemie. »

Évidemment on ne dira pas ici ce qui va se passer ni comment tout cela va se terminer. Quelques phrases peuvent mettent le lecteur sur des pistes, vraies ou fausses. « Les enfants ne distinguent pas le rêve de la réalité. » Les adultes, si. Mais « parfois ce serait bien que les adultes en fassent autant. » Ou bien cette-ci, dès le début du livre : « Alors tout se sera passé comme j’ai tellement voulu que ça se passe. » Mais on ne peut en dire plus…

A partir de la disparition de Maria le roman devient évidemment plein de suspens, et le romancier même en parallèle les chapitres consacrés au passé de Donald – c’est comme ça que petit à petit s’éclaire cette histoire – et ceux qui racontent ses actes plus ou moins désespérés dans la tempête ou, plus tard, sur une mer moins agitée, mais toujours hantés par la culpabilité. Par la résignation, aussi ? « Je n’ai pas le choix. Je ne suis plus maître à bord. » Les phrases sont souvent courtes, notamment dans les passages avec une grande tension, dans les moments de panique. Une dramatisation parfois un petit peu excessive à mon goût, mais un bon roman qui se lit vite – car lorsqu’on est dans la tempête on n’a pas le temps de rêvasser.

L’auteur
Toine Heijmans est né en 1969 à Nimègue, aux Pays-Bas. Il est l’auteur de reportages. En mer est son premier roman, paru en 2011. Il a reçu un très bon accueil des critiques autant que des lecteurs et a été traduit en allemand, en hongrois et en danois. La sortie en salles de son adaptation cinématographique est prévue aux Pays-Bas pour la fin de l'année 2013.

mercredi 31 juillet 2013

J'ai relu "Les cygnes sauvages" de Kenneth White



Les cygnes sauvages
Traduit par Marie-Claude White
Éditions Le mot et le reste
Parution le 06/06/2013

« Je suis parti dans le vent »

Un beau jour, à la fin des années 80, Kenneth White décide de faire « une virée » au Japon, en forme de « pèlerinage géopoétique », pour « rendre hommage aux choses précieuses et précaires » et pour faire un « voyage- haïku » dans le sillage de Bashô. Il espère bien en tirer un livre, qu’il voudrait « petit livre nippon extravagant, plein d’images et de pensées zigzagantes. » S’immerger dans un pays, dans une culture, dans des souvenirs littéraires, et « si possible, voir les cygnes sauvages venus de Sibérie s’abattre avec leurs cris d’outre-terre sur les lacs du Nord où ils viennent hiverner. » On ne peut pas avoir de buts plus clairs pour un voyage. Le résultat est ce récit, Les Cygnes sauvages, un livre à l’air inoffensif, pas très épais, et pourtant rempli à craquer d’histoires, de descriptions, de sons, de poésie, de philosophie, d’histoire littéraire, d’érudition – mais une érudition douce, qui ne fait pas mal à la tête, et même une érudition qui rend intelligent. Ou zen.

Le livre s’ouvre sur l’arrivée à Tokyo: « au premier coup d’œil c’est tout bonnement hideux. » Tokyo la ville lumière est aussi une ville de bruits. Elle est peuplée d’étrangers à son image : occidentaux (américains, pour tout dire), et bruyants. Mais, en cherchant un peu, le voyageur, pour peu qu’il parte à la recherche de la « météorologie mentale » des habitants de ce pays, finit par trouver des jardins tranquilles, d’autres rencontres, l’autre Japon. Il suffit d’ouvrir des portes, de rue en rue, au fil des discussions, jusqu’à ce que « l’aube arrive avec un goût de saké froid ». Et lorsque le voyage se poursuit ainsi, les rencontres sont l’occasion de comprendre ce que K. White lui-même cherche, puis, quand il a trouvé, il nous raconte. Ce qui nous vaut de savoureux dialogues, dans le train pour Yokohama ou ailleurs. Jusqu’à comprendre qu’au Japon l’essentiel est dans l’esprit.

Gardons ouvertes d’autres routes

Un dialogue, sur l’autoroute, K.W. est à coté de Kenji, son guide du jour.

« Soudain Kenji lâcha:
Nous avons trahi le vrai monde.
– Le vrai monde ? Qu’est-ce que c’est ?
– Je ne sais pas. Mais ce n’est pas ça – et il fit un geste de la main en direction de l’autoroute.
– Eh bien, peut-être que nous y reviendrons. Ce truc dingue ne pourra pas durer longtemps. Ça pétera un de ces jours, bientôt.
– Trop fort et trop tard.
– Pas si on garde ouvertes d’autres routes. »

Ailleurs, un japonais parle de revenir dans « l’arrière pays de toujours », de retrouver et cultiver ce qui a été perdu. Et Kenneth White d’aller dans ce sens : « on se demande si l’humanité ne pourrait pas s’arrêter tout simplement pendant quelques temps, jeter un coup d’œil autour d’elle et dire, OK ! Il est temps d’essayer de refaire le cercle. » Le problème c’est « mais où est l’humanité? » Comment décider ensemble quand il y a cette nation-ci et cette nation-là, ce clan-ci et ce clan-là, cette personne-ci et cette personne-là ?
Prendre d’autres routes, garder ouvertes d’autres routes, ne pas se laisser enfermer dans une cage, faire un « simple retour tranquille » en arrière, sans pour autant penser que c’était mieux avant, mais « retrouver et cultiver ce qui avait été perdu », faire une « renouée », « refaire le cercle », revenir à « l’esprit des choses quand les esprits circulaient dans le monde »… On voit bien les propositions de K. White, qui cherche à nous entraîner ailleurs que dans la médiocrité ambiante de notre époque et qui nous dit que toute l’agitation actuelle du monde ne résoudra rien. Alors, commet faire ?
La solution (au moins la tentative de la rechercher) se trouve peut-être dans le voyage. Et dans la poésie. Le voyage et la poésie: Bashô.

L’homme du vent et des nuages

Il est évidemment beaucoup question de Bashô dans ce récit. Maître Bashô. Un poète qui prit la route peut-être pour calmer « une angoisse fondamentale qu’aucune religion ne pouvait soulager », et qui, en apportant un ton nouveau, en écrivant la nouvelle sorte de livre qu’il cherchait, ce « livre de la voie et du vent », modifia le cours de la poésie japonaise. Bashô, cet « homme du vent et des nuages », qui avait une conscience du caractère transitoire de toute chose, avec une perception de la beauté de la nature, Bashô le maître du haïku.

Sur une branche dénudée
est perché un corbeau
crépuscule d’automne.

K.White répond :

Ce matin-là
sur les eaux de la Sumida
une mouette solitaire

La route est toujours poétique. Même quand il pleut. La pluie rendrait plus sensible. Les peintres de l’ukiyo-e comme Hiroshige aimaient la pluie. Hiroshige est ce peintre connu pour ses estampes réalisées au long du Tokaido. Lorsque K. White aborde le Hokkaido, cette île en forme de raie, cet « autre monde », il a le sentiment d’arriver dans le « pays lointain » qu’il cherchait. Il nous entraîne à sa suite, d’une réflexion sur le pèlerinage dans la montagne – ces montagnes que les occidentaux escaladent pour les vaincre, et que les orientaux contemplent–, à la visite d’un sanctuaire shinto, de la découverte du jiyuristu, l’école du vers libre, à la découverte du port de Sakata, la ville du saké, port rempli «du teuf-teuf-teuf des bateaux», du massif du Hokkoda, la demeure du vent.

Des corbeaux en couleur

Avec K. White on ne voyage pas en se bouchant les oreilles. Il y beaucoup de bruit(s) dans ce récit. Les marteaux frappent les cloches de métal des temples ; les pieds du marcheur font crisser l’épais gravier blanc. Et la nature, pour qui ne détourne pas l’oreille, produit toutes sortes de sons. « Il y a un mois environ, là-bas sur le mont Haguro fourmillaient les yamabushi, soufflant dans leurs conques, mais ce matin, tout ce que j’entends, c’est un corbeau, kraa kraa, kraa kraa, dans le ciel d’un bleu éblouissant. » Beaucoup de vent, et beaucoup de corbeaux au Japon ! On les retrouve plus loin dans le Hokkoda : « tout croassant dans le vent, et le vent, le vent du Hokkoda, portant leurs cris jusque dans les hauteurs sereines de cet automne suspendu dans le temps. » Et encore ici : « plus gros qu’à l’ordinaire, qui crient, crient, crient dans le ciel venteux. »
Avec K. White on entend tout, et ne voyage pas en noir et blanc. Il y a également beaucoup de choses à voir, pour qui sait ne pas fermer les yeux. « Or rouge sur les collines, rivières fumant dans le soleil du matin, traces de neige sur les hauteurs, et partout des corbeaux… » Plus loin une forêt avec « ses feuilles rouges, au jeu de lumière et d’ombre sur les éclaboussures blanches de la cascade. » Autre exemple : « une énorme grue peinte en rouge qui se profile au-dessus de la ville ; on aurait juré le portail - perchoir de quelques sanctuaire shinto. »

Les « lointains rivages »

Finalement arrive le bout du chemin. Le Hokkaido, ce territoire au bord du monde, auparavant appelé le pays barbare, un temps occupé par des gens en marge de la société, bannis et autres chercheurs d’or. Jusqu’à ce que des colons japonais eurent le désir de coloniser ce pays qui était considéré comme « vide », pourtant peuplé de Aïnous, mais comme l’Australie était peuplée d’Aborigènes. Avec des conséquences identiques. Le 15 octobre au matin K. White est sur la route 5 le long de la péninsule d’Oshima, « la queue de la raie », puis il se dirige vers le mont de la Grande Neige, sous la neige. Il s’enfonce dans un « vide neigeux » au risque de se perdre. Pour constater aussitôt qu’il est difficile de se perde volontairement : « cela peut paraître parfois, quand on y pense, un bon moyen de sortir de tout le bruit et de toute la chierie, mais une fois sur place, le corps se rebelle, veut garder les pieds sur cette sale et saoule vieille terre rouge. » Poursuivre, mettre un pied devant l’autre, est donc une réaction instinctive et bénéfique. Avancer et garder les yeux ouverts… « Rougeurs brumeuses de l’automne, le Pacifique aux reflets bleus, cimes enneigées à l’horizon (…) bateaux à l’ancre, grues défilant dans un élégant silence, ramasseurs de coquillages affairés. » Toujours ces phrases courtes, parfois sans verbe. Des plans, que nous suivons du regard. « Encore des grues, s’élevant au-dessus d’un mer d’herbe jaune. Une plage de sable noir. » Garder les yeux ouverts et enfin voir les cygnes sauvages : « Ils ont tourné, tourné dans l’air vif et clairs. Je les ai suivis des yeux et de l’esprit. »

samedi 20 avril 2013

J'ai lu "Légèrement seul" de Daniel de Roulet


Daniel de Roulet
Légèrement seul

Sur les traces de Gall
Phébus, littérature française, 2013
Prix : 12€

Ce qui fascine Daniel de Roulet c’est l’écoulement du temps. « J’aime me mettre dans la position d’un ancien (…) essayer de retrouver ce qu’il voyait pour le mettre en rapport avec ce que je vois. » Que pouvaient bien voir, dire, penser, des moines partis d’Irlande quatorze siècles plus tôt ? Et qu’est-ce qui a bien pu les décider à traverser l’Europe et fonder des monastères ? Pour le savoir, rendez-vous à Saint-Coulomb, à 9h15… « La plage où Gall et une dizaine de moines sont censés avoir débarqués ».

Daniel de Roulet est un marcheur solitaire, on le savait déjà. « Je marche sur des routes qui relient un point à un autre, c’est obstiné, je sais. Ni promeneur ni randonneur. Ça me vient de la course à pied. » Il le confirme ici, avec de longues journées de marche et de solitude. Et des soirées, aussi. Comme ici dans « le seul restaurant ouvert ce soir : un turc où j’arrose mon kebab de calvados. » Mais ces moments de solitude, en marchant ou à l’étape, sont propices à l’émergence, à l’affleurement de souvenirs et réflexions. Sur le voyage, par exemple. Gall ne voyageait pas avec une carte de crédit, le « nécessaire » du voyageur d’aujourd’hui par rapport au pèlerin de VIe siècle, qui emportait « l’essentiel » – en fait souvent tout ce qu’il possédait – : quelques livres et des vêtements. « Pèlerins du XXIe siècle, nous sommes des imposteurs, ce que nous appelons l’essentiel n’est que le nécessaire. »

Les villes défilent. Avranches, Falaise, Lisieux, Pont-Audemer, Le Havre, Fécamp, Rouen, Beauvais, Compiègne, Soissons, mais aussi la pittoresque Roncherolles-sur-le-Vivier « commune labellisée protection du ciel et de l’environnement nocturne, village étoilé »… En chemin Daniel de Roulet croise des gens qui semblent tous avoir la même question, « la même nostalgie d’un grand projet au-dessus de leurs forces, et une raison pour ne pas l’entreprendre. » Ce qui n’est évidemment pas le cas de notre écrivain marcheur. Qui avance, en constatant que bientôt certaines habitudes s’effacent, mais d’autres continuent de manquer. En attendant ce moment étrange vers la fin de la route, « l’appel du retour », ce moment où l’on n’est pas encore arrivé mais presque…

Les paysages sont variés, parfois exceptionnels : « La rue principal va droit à la mer et la mer me va droit au cœur. Elle a toutes les couleurs dont parle Delacroix et bien d’autres encore. Je ne pensais plus être capable d’autant d’émotion face à un simple paysage : le ciel, la mer, une falaise percée. » On aura reconnu ce « simple paysage »… Ailleurs ils sont aussi d’une beauté simple, mais une beauté parfois terrible. « On peut appeler ces endroits pittoresques, mais on doit aussi comprendre l’épouvantable misère de la vie par ici. »

Légèrement seul est un récit au style épuré, sans effets, à la fois récit de voyage, essai, livre sur un moment d’histoire, réflexions sur le monde, sur soi. On y croise Du Guesclin et Léo Ferré, de nombreux autres personnages dans les paysages de Madame Bovary, là où, malgré le temps passé, « arbres, prairies, la brume au fond des vallons et le ciel, tout est de Flaubert. » Daniel de Roulet ne veut pas qu’on le classe comme écrivain-voyageur, « une catégorie inventée par les éditeurs et les libraires. » Il dit qu’il est un marcheur. Pas un promeneur. La différence entre un promeneur et un marcheur ? « Le premier dort à la maison, le second change de lit souvent. Le premier habite, le second transite, n’écrit jamais sur la même table. » Voyage, quand tu nous tiens…

L’auteur
Né à Genève en 1944, Daniel de Roulet a suivi des études d'architecte, programmé d'énormes ordinateurs, couru le marathon de New York et réalisé ses rêves avant d'inventer des personnages de fiction qui les vivent à sa place. Il est l'auteur de livres sur le voyage, la marche, les frontières, et d’essais comme Tu n'as rien vu à Fukushima.

samedi 6 avril 2013

J'ai lu "Les impunis" d'Olivier Weber



Olivier Weber
Les impunis
Cambodge : un voyage dans la banalité du Mal
Éditions Robert Laffont, 2013.
Prix 20€

Nous connaissons tous ce moment de l’Histoire : au Cambodge, entre 1975 et 1979, Pol Pot et ses sbires installent un régime politique et une dictature d’une extrême violence qui cause la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes. Des procès sont en cours, et cette historie fait toujours l’actualité – mais un seul verdict a jusque là été prononcé : une perpétuité pour « Douch », patron de la prison de Phnom Penh à l’époque. Que reste-t-il sur place de cette historie, et de la fracture causée par cette guerre civile ? Par ce génocide ? Que sont devenus les Khmers rouges qui n’ont pas été arrêtés ni jugés ?

Sur la piste de Pailin

En remontant la piste de Battambang à Pailin, Olivier Weber, écrivains, voyageur, qui a fréquenté ces lieux à plusieurs reprises, a déjà une idée ce qu’il va trouver : une enclave, une région autonome, une «sorte de sous-royaume à l’intérieur du Cambodge où quelques auteurs du génocide et leurs complices vivraient en toute impunité.» Devant le danger potentiel qu’est la rencontre avec d’anciens tueurs, il a une couverture : monter sur ces hauteurs pour retrouver les traces d’un animal en danger, l’Arctonyx collaris, « plus connu sous le nom de balisaur ou blaireau asiatique ou encore ours-cochon ».

Victimes et bourreaux

Aujourd’hui le peuple khmer est officiellement « uni ». Et on peut entendre des phrases comme « On ne va pas se foutre sur la gueule pour si peu, oui, tu as raison, il y a eu assez de morts, un génocide, tu te rappelles ? » Mais par qui ces mots sont-ils prononcés ? Par des victimes ou par des bourreaux ? En dehors de quelques uns, arrêtés, il est en principe impossible de les reconnaître. Comment faire quand si peu de Khmers rouges ont été arrêtés et jugés ? Où est la frontière entre le Bien et le Mal ? Selon Olivier Weber « les Khmers rouges ont jeté en pâture quelques uns de leurs chefs, cinq au total » et les autres se sont fondus dans la population, dans le pays. Avec parfois des retournements de vestes insensés. Un ancien bras droit de Pol Pot devenu défenseur des droits de l’homme dans l’ouest du Cambodge, est-ce possible ? Oui.

L’atlas de la barbarie

A Pailin, par exemple, une sorte « de ville du Far West ». Un endroit qui se veut banal, avec une banale borne-frontière, des fondrières, des nids-de-poule. Une ville, des maisons, des rues poussiéreuses, des bars, beaucoup de bars, des tripots, beaucoup de tripots. Comme dans tous les endroits où il y a des rubis, donc de l’argent à blanchir, des hommes, des trafics, des armes. Et pas mal de champs de mines alentours. L’argent que rapportent les pierres précieuses permet de tout acheter, y compris le silence. Mais surtout, dans cette enclave, Olivier Weber sent la peur, « l’inquiétude perpétuelle » qui s’est installée. Elle n’a d’ailleurs jamais quitté les survivants du génocide, et comment pourrait-elle disparaître au contact des probables bourreaux ? Pailin, enclave officieuse des Khmers rouges et du trafic (or, femmes) est le lieu par excellence où cristallise cette peur, par la haine, la rapine, le désespoir, l’argent, etc. Situations ubuesques : les anciens bourreaux regardent, dans les salons de leurs maisons à Pailin, une télévision qui diffusent des extraits du procès en cours à Phnom-Penh.

Les impunis

Un extrait résume bien l’ambiance et la situation. Près d’une grotte, une « bonzesse (…) ne cesse de prier pour les victimes tout en craignant le retour des bourreaux, ils sont là, au-dessus de la route, ils attendent leur tout, ils terrorisent le secteur, ils ne craignent rien car ils ont l’argent, les armes et la douleur du peuple, la culpabilité de tous, une culpabilité de commencement et de fin du monde car nous ne savons plus qui est qui, tout le monde s’est mélangé en coupables et innocents, tant et si bien que les innocents se sentent coupables et les coupables se sentent innocents. »

Ce récit sur les « impunis » du Cambodge n’est pas un livre drôle – mais certains très bons romans ne le sont pas –, c’est un livre grave et pas du tout romancé! Un reportage très bien construit, jusqu’à la rencontre avec Mey Maak, son point d’orgue, et bien écrit (Olivier Weber est un « écrivain » voyageur.) C’est aussi une claque, une vérité qui fait mal à entendre sur un monde que nous feignons d’ignorer, un peuple qui est peut-être encore en partie en « dépression » et qui pourrait le rester tant qu’un procès digne de ce nom (un « Nuremberg Khmer ») ne remplacera pas la « parodie de justice » actuelle (2012-13). Le Cambodge n’est pas qu’un pays touristique. C’est aussi un pays dans lequel la « banalité du Mal » semble d’être installée. Je propose la lecture de ce reportage avant d’y aller.

dimanche 24 février 2013

J'ai lu "Nouilles froides à Pyongyang" de Jean-Luc Coatalem


Jean-Luc COATALEM
Nouilles froides à Pyongyang
Récit de voyage
Grasset 2013

« Où allons-nous, nous qui n’allons nulle part dans ce pays qui n’existe pas ? » est une phrase du livre qui aurait pu se trouver en exergue au début de Nouilles froides à Pyongyang, récit dans lequel Jean-Luc Coatalem raconte un voyage en Corée du Nord effectué au printemps 2011 – donc avant la disparition du « Cher Leader » Kim Jong-il, remplacé depuis par son fils Kim Jong-un. Un voyage un peu particulier, très encadré, très contrôlé, mais qui livre au final un « journal de voyage, attentif mais distant, amusé parfois, jamais dupe ». Allons voir.

Avant de glisser sur la « rampe des longitudes », Jean-Luc Coatalem et son ami Clorinde obtiennent, sous prétexte de consulting en tourisme, des visas pour un pays « sur lequel on en sait moins que sur nos galaxies lointaines ». À l’arrivée les premières impressions sont mitigées : « Par le hublot, nous avons aperçu des collines rabotées, couleur pain brûlé, un porridge de rizières à sec, des chemins entortillés comme des vipères. » À l’aéroport : « Peu d’activité. Aucune circulation. Un camion crache derrière lui son panache de fumée – il marche au charbon faute d’essence. » Ce qui surprend le plus : le silence. « Aucune rumeur urbaine » comme à Paris ou dans une autre grande ville. Mais voici que s’avance Kim, le guide chargé de les accompagner. Et Kim 2 – pour surveiller Kim 1 ? Et Kim 3, le chauffeur… Le premier hôtel est quasi désert. Et pas question d’en sortir. De toute façon il n’y a pas grand-chose à faire dans la ville : « à neuf heure du soir, il n’y a, en effet, plus que l’obscurité ». La télé ne capte pas les chaînes de télé internationales. Ennui. Alors Coatalem lit Mardi, le roman de Melville, antidote à l’ennui. Dehors « les rues sont râpées et nues » et « les lampadaires trouaient une nuit inconsolable. » Et en Corée du Nord, tous les hôtels pour touristes se ressemblent.

Commencent le « programme » des visites. Tout ce qui était prévu au départ a été annulé dès l’arrivée. Passons. Et suivons le guide… Pas d’autres solutions. Heureusement l’auteur a l’art de raconter ses péripéties : formalités administratives avec coupure de courant, longs déplacements en minibus, attentes, visite d’une coopérative-modèle, d’une rizière-modèle, d’une maison-modèle, et du mausolée de Kim Il-sung, avec sa déambulation et son salut au sarcophage, ce qui donne l’un des morceaux de bravoure du récit. Cotalem, qui se définit comme une sorte de « Tintin virevoltant » et qui a « tendance à cavaler dès que la portière s’ouvre » comprendra vite qu’il est prisonnier du minibus et de ses guides. Et rongera son frein, avec un état d’esprit oscillant entre énervement et mélancolie. Parfois à la limite : « Clorinde et moi cachons un sourire. Le boniment ne prend plus. » Et jusqu’à la révolte, en visitant un musée interdit.

La bière – à défaut d’une vodka russe – fait un peu oublier, ou au moins « trouver le recul pour poursuivre l’aventure » d’un séjour où « tout est coulé dans le béton ». L’imprévu n’est pas possible. La bière combat aussi la solitude, dans un pays où les autres touristes sont invisibles, et où les rencontres avec les habitants sont impossibles. « Pour le Coréen de la rue, nous restons des pestiférés. » Difficile, voire impossible d’engager la conversation sans raison, ou alors avec des personnes « prévenues à l’avance, conditionnées » pour vous répondre. Peut-être même qu’une tentative un peu forcée se retournerait contre l’habitant, qui deviendrait suspect… « Parler, c’est le début des ennuis. » Quant à draguer… Les « beautés vulgaires » à talons aiguilles (qui valent une fortune) ont des sourires « qui font mal parce que ce sont les premiers que j’échange avec quelqu’un depuis que je suis au royaume des Kim. » Il y a bien quelques « porosités » avec la Chine, et quelques denrées et produits manufacturés qui sont introduits en Corée et qui permettent à quelques privilégiés « d’apercevoir un peu du monde extérieur, telle une éclaircie dans leur ciel plombé. » L’auteur, avec beaucoup d’humour et un zeste de désespoir, se demande si lui et son compagnon de voyage ne sont pas semblables à ces « tortues qui pompaient leur filet d’air parmi des étrons flottant » dans un aquarium puant d’un hall d’hôtel. Et « pourquoi être venu au pays de la nuit noire ? » à part pour « publier un voyage de quinze mille signes ? »

« Je me laissai alors tomber sur mon lit comme une nouille froide dans Pyongyang déserte. Et ce fut bien ainsi » pourrait être la conclusion de cet excellent « récit de voyage » (sous-titre de ce livre) avec tous les ingrédients du genre : lieu exotique, peu connu, peu visité, aventures, rencontres (rares), états d’âmes, paysages, informations politiques et géopolitiques (l’auteur s’est documenté et ses propos sont très informatifs), histoire, culture (si l’on peut dire) et traductions culinaires. Dont les fameuses nouilles, plat national qui a laissé l’auteur sur sa faim…

Jean-Luc Coatalem, rédacteur en chef adjoint à Géo est l'auteur chez Grasset de Je suis dans les mers du Sud (prix des Deux-Magots, 2002), La consolation des voyages (2004) et, récemment, Le dernier roi d'Angkor (2010). Il a reçu le Prix Roger-Nimier en 2012 pour Le Gouverneur d'Antipodia (Le Dilettante, 2012 & J'ai Lu).

samedi 26 janvier 2013

J'ai lu "La Méridienne. Saint-Malo Bamako" de Marc Roger


Marc Roger 
La Méridienne. Saint-Malo Bamako 
Éditions Folies d’encre & Merle moqueur, 2012.

Bamako (Mali). Il y a une cinquantaine d’années un homme apprend par le tam-tam qu’il est père, et se rend à la maternité pour la naissance de son fils, Marc, à qui ce passage dans cette partie du monde donnera le goût de lire, peut-être en souvenir des lectures « à l’ombre tutélaire des baobabs. » Saint-Malo (France) le 31 mai 2009. Face au Grand Bé, Marc Roger et « Babel (…) un âne commun de type grand noir » partent sur les routes. Destination : Bamako. Via l’Espagne, le Maroc, le Sénégal. De pays en pays, de ville en ville. Pour voyager, écouter, noter, mais aussi pour dire, lire, raconter. « Lorsque l’oralité et l’écriture seront complices, je m’incarnerai en griot blanc. » En route !

Voyager

La Méridienne est un récit de voyage. On y lira toutes les joies et les vicissitudes de la randonnée. Gites et salles de repos diverses accueillent l’équipage. À défaut : nuit à la belle étoile. La route, parfois « morceau de route heureuse », parfois euphorique – l’ivresse du marcheur –, parfois difficile (conditions météo, solitude, aléas de la géographie, fatigue, déprime, belles ou mauvaises surprises…) est ponctuée de rencontres, d’anecdotes, émaillée de souvenirs et de digressions. On quitte souvent le chemin bien tracé (quatre ans de préparation) pour bifurquer, pour divaguer. Tant mieux. La lecture d’un récit de voyage tout droit d’un point A vers un point B n’est pas toujours sans ennui. Dans La Méridienne, pas de risque d’ennui : chapitres courts, diversités des propos, parfois anecdotiques, parfois profonds, parfois poétiques, parfois colériques. Parfois intimes. Avec des souvenirs sur les parents. « Aujourd’hui, si je suis sur leurs traces (…) c’est simplement pour le plaisir d’être avec eux, par le souvenir et la mémoire. » Avec la mort, aussi, que l’on questionne au détour d’un chemin. La Méridienne est également un récit qui parle vrai – parce que « à la vitesse de trois kilomètres heure, soit cinquante mètres à la minute, le marcheur se nourrit de multiples détails » – et pas que sur les autres… « Non, je ne sens pas les grands espaces qui font rêver les lecteurs de récits de voyage. Je sens la sueur, la pisse d’âne, la chaussette sale. »

Voir le monde

La Méridienne n’est pas seulement le récit d’un voyage. Marc Roger est également à l’écoute du monde. – D’ailleurs, être en voyage, n’est-ce pas être à l’écoute des autres ? – Et le monde est parfois un peu étrange. Malade. « Que chacun de mes pas dirigés vers le sud n’éloigne pas mes pensées de ceux qui remontent vers le nord au péril de leurs vies. » Son style simple décrit bien, avec assez de force, les sensations, les odeurs, la violence de certaines situations. Voire la révolte. La Méridienne n’est pas une croisière de luxe. « Dans la merde des bêtes, dans les eaux qui croupissent jusqu’au seuil des maisons, sous mes yeux, les enfants, les adultes, déambulent en sabots caoutchouc fabriqués in China. » Et le voyageur solitaire, même avec un âne, n’est pas toujours le bienvenu.

Lire

La Méridienne est aussi – et peut-être surtout – un livre qui donne le goût de la lecture. Marc Roger explique ce qu’il entend par « lecteur » par rapport à « conteur » ; il préfère lire « une parole écrite sur un livre » car « le livre est plus stable que l’oral, et il dure. » À force de lire les descriptions de Marc Roger lecteur, non seulement on a envie de le voir et de l’entendre, mais aussi, à lire le bonheur que semble procurer la lecture, chez le lecteur comme chez ses auditeurs d’un moment, on ne peut qu’être pris de curiosité, on ne peut qu’avoir envie d’ouvrir un livre et de lire, comme ça, à haute voix, comme il le fait lui, comme on ne le fait jamais, nous. Et là… oh, surprise ! Mais… essayez ! Lisez ceci, par exemple : « Au pays du Fouta, dit une mère de famille, il n’y a pas d’étrangers, ou alors, même mon fils le serait à mes yeux ». Ou bien cela : « Hier soir, j’ai franchi la frontière si facile à franchir pour celui qui possède un passeport. Me voici au Mali : terre de feu et de misère. » Qu’entendez-vous ? Que comprenez-vous ?

Lire et marcher

La marche et la lecture : c’est la thématique de Marc Roger, déjà mise en musique dans Sur les chemins d’Oxor, un périple de vingt mille kilomètres alliant marche et lectures publiques autour de la Méditerranée, et qui débute par un péremptoire « Avant toute chose, je suis lecteur… » La Méridienne commence par la liste des villes traversées ; il aurait été logique de la faire immédiatement suivre par la liste des livres lus à voix haute en route au cours de ces « 136 lectures et pour 8270 spectateurs ». Soit ! nous les découvrirons au fur et à mesure du chemin, en marchant et en lisant, puisque « la lecture et la marche ont ceci de commun : pas à pas, mot à mot, le regard sur le texte ou la ligne d’horizon, nous allons de l’avant en mettant entre nous et le centre, plusieurs cercles en écho, comme la pierre pousse l’eau quand elle tombe dans le lac. »

Marc Roger, né en 1958 à Bamako (Mali), lecteur public de la Compagnie La Voie des Livres, décline sa passion de la lecture à voix haute depuis octobre 1992. Il a raconté ses voyages dans À pied et à voix haute. Le tour de France en livres d'un lecteur public (HB éditions, 2000) ; Sur les chemins d’Oxor (Actes Sud, 2005) et La Méridienne. Saint-Malo Bamako.

mercredi 16 janvier 2013

J'ai relu "La Route bleue" de Kenneth White


Kenneth WHITE - La Route bleue
Éditions Le Mot et le reste, 2013.

« De toute façon, je voulais sortir, aller là-haut et voir. »

Dans La Route Bleue, récit de voyage, journal de bord, livre d’une aventure intérieure, le Labrador existe d’abord dans le souvenir de Kenneth White, par les images d’un livre d’enfance. Puis, et peut-être depuis toujours : l’envie d’aller voir. « C’est un endroit, non ? Et si c’est un endroit, ça veut dire qu’on peut y aller, il me semble. » Soit. Partons.

« Je quitte la ville de Québec. Route 175 Nord. J’aime cette pure notation mathématique placée entre deux mots lourds de sens. Le calculable et l’incalculable. » Partons pour découvrir qu’ici comme ailleurs, la civilisation, avec ses Livres et ses codes, est capable de changer le nom d’un lac. Peut-être ce lac avait-il été nommé le lac des Vagues bleues par des gens qui le connaissaient bien. Et puis des missionnaires sont passés par là. Le lac est devenu le lac Saint Jean. « Rien à voir avec la réalité perçue dans toute sa beauté. » Les missionnaires ont toujours été les ennemis des nomades, rappelle K. White. Qui poursuit sa route avec ses compagnons fantômes : Coleridge, Thoreau, Melville, Bashô, Jacques Cartier et les explorateurs du XVIème siècle. Avec également les indiens et ceux qui se donnent le nom algonkin d’Innut, les êtres humains.

Kenneth White s’immerge facilement dans la vie locale. Il rencontre beaucoup de gens, discute, est invité à un mariage. Autant d’occasions de comparer les écarts entre civilisations, et les ravages de la modernité : « Chaque fois qu’un espace vide se présente quelque part, au lieu d’y voir une occasion d’approfondir notre sens de la vie, nous nous empressons de le remplir de bruit, de jouet, de "culture".» Et de décrire aussi « le soleil blanc du Labrador qui brille maintenant à travers les nuages gris. »

Et la route bleue. Mais qu’est-ce qu’une route bleue ? Pour Kenneth White, c’est le bleu du grand ciel, le bleu du fleuve (le Saint Laurent), le bleu de la glace. Les silences bleus du Labrador. Mais « la route bleue, c’est peut-être tout simplement le chemin du possible. » Aller aussi loin que possible, « jusqu’au bout de soi-même, jusqu’à un territoire où le temps se convertit en espace, où les choses apparaissent dans toute leur nudité et où le vent souffle, anonyme. » De toute façon un seul adage : « quand tu arrives au bout de la route, continue à marcher. » Pour « s’ouvrir à l’univers », pour « écouter le monde. » Un vrai livre de voyage, une vraie littérature du dehors.

Les premières lignes : « Un œuf tourné, toast, café ! Là dehors, Montréal. Les rues et le fleuve. J’en entends la rumeur. Et là-bas, tout au fond, vaste beauté qui dort, le Labrador. Sitôt mon petit déjeuner terminé, je commence à m’enquérir du Labrador. Au Voyageur Terminus, je décroche l’un de ces téléphones qui donnent des renseignements et, comme si j’avais onze ans, je demande : S’il vous plaît, comment est-ce qu’on va au Labrador ? »

Prix Médicis étranger 1983.
Éditions Grasset & Fasquelle 1983.
Réédité par les éditions Le Mot et le reste en janvier 2013.