dimanche 11 mai 2014

J'ai relu Les autonautes de la cosmoroute, de Carol Dunlop et Julio Cortazar



Carol Dunlop et Julio Cortazar
Les autonautes de la cosmoroute
Gallimard, 1983. 
Traductions de l’espagnol par Laure Guille-Bataillon et Françoise Campo

La célébration d’écrivains argentins au salon du livre de Paris en 2014 nous donne l’occasion de nous replonger dans la littérature de ce pays. Et par exemple dans ce récit, pas du tout argentin. Mais au départ un projet original : faire le voyage de Paris à Marseille en camping-car sans quitter l’autoroute une seule fois ; visiter deux parkings par jour en passant toujours la nuit dans le deuxième ; prendre note de toute observation pertinente ; écrire le livre de l’expédition en « s’inspirant peut-être des récits de voyages des grands explorateurs du passé. » Le projet littéraire : « raconter d’une façon tout à fait littéraire, poétique et humoristique, les étapes, événements et expériences divers que va nous offrir sans doute un voyage aussi étrange. » Résultat : Les autonautes de la cosmoroute, Un voyage intemporel Paris - Marseille par Carol Dunlop et Julio Cortazar.

L’autoroute n’est peut-être pas seulement « un ouvrage moderne minutieusement étudié pour permettre à des voyageurs, enfermées dans des capsules à quatre roues, de parcourir (rapidement) un trajet. » Mais qu’allait-il se passer avec une progression au ralenti alors que tout le monde fonce à toute allure ?

Départ: le dimanche 23 mai 1982, quelque part dans le Xe arrondissement. Arrivée mercredi 23 juin 1982. Résultat : les voyageurs n’ont rien vu de l’autoroute, ou presque rien. Tout s’est passé sur les parkings. Là, sur ces grandes aires qui voient « naître chaque soir une petite ville éphémère la plus internationale du monde » il y a eu matière à notes, articles, photos. Les voitures, les camions aux bâches sans raison sociale, leurs occupants adultes, enfants, animaux, les jardiniers des aires, les poubelles, les arbres… composent toute une poésie souvent ignorée. Dans une prose mêlant humour (beaucoup), détachement, mélancolie (parfois, à cause du sujet sans doute, mais aussi de la maladie et du répit qu’elle laisse momentanément à Carol), les deux auteurs se relaient pour proposer un mélange de livre de bord, récit de voyage, enquête ethnographique et reportage photos.

Étrange bouquin quand même. Non pas tant à cause du point de départ, qui est une idée saugrenue mais pourquoi pas, que pour le résultat : est-ce la métaphore d’une rencontre amoureuse : le livre commence par des « préliminaires »; et il est parsemé de passages érotiques. Est-ce un récit de voyage ? Il ne figure pas dans les anthologies de ce genre. Un album photos des années 80 ? Un dialogue littéraire entre deux être que la mort va bientôt séparer ? Le récit est parfois très « détaché », très décalé, mais il faut reconnaître qu’il y a une certaine musicalité et que tout ça a une certaine allure. A propos de musicalité : à lire en écoutant une musique qui fait penser au voyage, à la route, quelque chose de tendre et violent à la fois, d’un peu électrique. A mon avis, une compilation de Neil Young ferait parfaitement l’affaire.

Julio Cortazar est né à Bruxelles de parents argentins en 1914. Il a longtemps vécu en France et il a notamment obtenu le prix Médicis étranger en 1974. Il est décédé en 1984. Carol Dunlop, sa compagne de la fin de sa vie était elle aussi écrivain. Elle est morte deux ans avant Cortazar, le 2 novembre 1982, à l'âge de 35 ans.

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